RAPHAËLLE PIA

Un paysage disloqué n'est pas un anti-paysage ou un paysage impossible, c'est bien plutôt à première vue du moins, quelles que soient les bizarreries qu'on y accumule, un autre paysage. C'est que le paysage n'a pas de structure propre permanente et reconnaissable. Il est par lui même déjà changeant.
Je doute fort que Raphaëlle cherche à "illustrer " cette remarque de Caillois. Néanmoins, face à ses compositions informelles, proches d'un échiquier irrégulier, l'artiste persiste à évoquer les réminiscences des terres familières d'Espagne, aux couleurs vives.
Le fait n'est pas nouveau. La labilité presque constitutive du paysage, la structure souple de cette
" forme sans forme " font que depuis Turner, Monet et autres impressionnistes, ce sujet se transforme en matière et couleur. La palette envahit l'oeuvre, la ligne s'efface, les formes s'estompent et fusionnent.
Dans cet "entre-deux " figuratif-abstrait riche de possibilités, Raphaëlle invente ce qu'on peut nommer un processus d'inachèvement où ses toiles jouent le rôle de véritables oeuvres ouvertes. Au gré de son imagination, il lui arrive, quelques mois plus tard, d'effacer un trait devenu gênant, de calmer une gestualité qui déborde, de refroidir une tonalité orange par une touche de gris. La
"nature " représentée par l'artiste subit-elle les changements de sa météorologie psychique ou les variations saisonnières de la lumière ?
..... l'univers de Raphaëlle est un champ d'incertitude où l'autorité du regard cède la place au tâtonnement de l'oeil.

Itzhak Goldberg, catalogue de l'exposition, "vingt ans après" 1997

Allà, (là-bas), 2009, acrylique sur toile, 73 x 116cm
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