RAPHAËLLE PIA

 Pimprenelle

Rose enceinte ou rose en train de naître? Bouton de rose mère ou fille ? Bouton de rose, nombril ou bout de sein qui pointe ? Métamorphose: corps en train de naître et de mourir, chenille prête à devenir papillon. Blessure de la naissance qui n'en finit pas, quelques filets de peinture, pareils aux restes du cocon de soie, le disent. Rose évanescente, adolescente : lenteur cachée, fulgurance du moment, effroi du rouge.
Rose parfumée des jardins de Damas et de l'île Bourbon, rose déclose de
Ronsard, rose au cœur violet de Nerval, rose acérée de Celan, rose de la peinture. 

 

  

 

 

 

 

Nids d'abeille

Coquillage nacré, vitrail traversé de lumière, rose libellule. Créature aérienne, rose de nos rêves. Sœur des nuages transparents, tu portes en toi une vie si légère, si ailée, que tu sembles jaillie par enchantement d'une tige perdue dans le grand ciel. Où sont tes feuilles? Tes épines? Tes racines? Es-tu une rose charnelle? Serais-tu une rose poussière d'étoiles filantes qui s'envole en fumée? Es-tu désir, nostalgie ou souvenir de rose?

 

 

 

  

 

 

Energie

Pareille à un poulain sauvage désireux de galoper jusqu'au printemps, la rose gambade. Le cœur jaune de ses étamines cache les grains de pollen dont les abeilles ont soif. Cette rose flamboyante n'est que mouvement, pure fragrance, fraîcheur matinale. On la regarde danser de joie, insoucieuse des plis de sa robe splendide. Comme si la beauté n 'avait que faire d'elle même, lui suffisant d 'être pour se sentir exister. Elle n'a rien à prouver. Aucun but ne la distrait du plaisir voluptueux d 'un déploiement gratuit. L'enfance du monde. La violence des rêves qui déferlent comme les vagues insoumises. Le besoin de continuer à naître chaque jour des rivages nocturnes. L'aurore dionysiaque de toute la Grèce antique jaillie de sa corolle.

 

 

 

 

 

 

Toile d'araignée

Rose araignée, rose cruelle tissant un voile, sombre et délicate dentelle de nervures et filaments à la surface du monde. Rose des sables, rose des vents, étoile des mers aux branches carnassières où demeurent suspendues d'anciennes épaves de navire entremêlées de chevelures de sirènes, cartilages primitifs d'une vie disparue. Douleur des traces, relief instable, griffé de catastrophes. De ce temps aquatique fluide, ne subsiste qu'un présent solide, minéral. Seules les empreintes évoquent la puissance des plissements jurassiques. Mais la vigueur de cette absence témoigne de la splendeur argentée des baleines, du vertige des mers inconnues aux pieuvres tentaculaires enfouies sous les rochers. Rose devenue rivage de la mémoire, tu reflètes les sillons de lumière et d'écume fugaces, éternels pétales que chaque marée dépose dans tes bras avant de s'éloigner.

Mercédès Allendesalazar, novembre 2003, catalogue de l'exposition "Roses et Colonnes"

Pimprenelle, 2002, acrylique sur toile, 200 x 200 cm
Nids d'Abeilles, 02, acrylique sur toile, 200 x 200
Energie, 2002, acrylique sur toile, 200 x 200cm
Toile d'Araignée, 02, acrylique sur toile, 200 x 200
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