RAPHAËLLE PIA

 Les Roses de Raphaëlle Pia 

Il y a trois ou quatre ans, je marchais rue Mazarine, quand j’ai été frappée par une rose en vitrine de la galerie Christine Phal. Une rose de la taille de cette vitrine. Ou plutôt un tableau dans lequel un ensemble de lignes et de plis, quelque chose d’à la fois tendre, fragile et construit, évoquait une rose. Cela tenait du cercle, mais aussi du brisé et du secret. Un rond qui aurait été biscornu… La couleur en était aussi intense que nuancée. Il y avait là comme une quadrature du cercle, ou plutôt comme une approche de cette quadrature.
L’image sur ce tableau m’avait touchée. Mais, peintre moi-même, j’avais également été impressionnée par la prouesse du peintre qui avait réussi à combiner construction et sensibilité...
Les roses de Raphaëlle Pia, je les ai vues plus tard dans son atelier où les plus immenses – 3 mètres par 3 - se tenaient suspendues et roulées, tandis que d’autres se préparaient à même le sol, entre pigments, médium acrylique et eau, en cours de création. Une création où la part est laissée belle à ce hasard réputé faire bien les choses quand on sait servir de lui. Or, non contente de se servir de lui, Raphaëlle Pia le convoque et le provoque très habilement. Son travail vise en effet autant la maîtrise d’une matière que l’appel aux trouvailles venues comme d’elles-mêmes....
Ces mêmes roses – qui ne sont pourtant pas les mêmes - je viens de les revoir, en majesté, dans un jeune et bel espace d’art contemporain, Uni-ver, 6 cité de l’ameublement. 75011.
Les roses de Raphaëlle Pia ont évolué. Mais dans celles de 2008, j’ai retrouvé ce quelque chose d’énorme, de violent, de sensuel, d’éperdu, d’explosé et de rigoureux à la fois, qui m’avait tant frappée à leur naissance. On est loin d’un tapis de roses doucereux. Loin aussi d’un brutal envoi sur les roses. Entraîné par ces sortes de roses des vents, enivré par leurs gouleyantes couleurs de vin, on y tourbillonne dans des émiettements de soie et de soi, parmi des effilochures de plis. On y devient valseuse affolée au cœur très secret.

Béatrice Nodé-Langlois, 2008, La Presse Parisienne n°59

 

Marie des Chandelles, 2002, acrylique sur toile, 200 x 200 cm
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