RAPHAËLLE PIA

 Raphaëlle Pia : lieux d'ombres, lumières de lieux 

Le beau titre choisi par Raphaëlle Pia pour son exposition, en octobre, dans les salles Hélion d'Issoire (Puy-de-Dôme) constitue à lui seul un programme esthétique : les notions d'équilibre et de contraste en seraient les dominantes, et le concept d'harmonie en résumerait l'esprit. Déjà en 2004, à propos de la série des roses exposées dans l'église Sainte Anne d'Arles, je m'émerveillais de la manière dont l'artiste, par pliage et froissement, obtenait des lignes devenues structures à la façon des réseaux qui arment le vitrail. Il ne restait de la fleur que sa trame géométrique et l'incandescence de son éclat, une harmonie supérieure était atteinte. Déjà alors, la peinture était extrêmement liquide. Avec l'acrylique et l'eau employés récemment pour les Sous-bois et les Forêts, les Paysages de la baie de Somme et le Bestiaire tout droit venu de la sculpture romane, Raphaëlle Pia reste fidèle à son « esthétique de la flaque », à la recherche d'une harmonie spécifique qui me paraît constituer une caractéristique essentielle de sa démarche.

Chez Raphaëlle Pia, presque pas de ton local épousant la forme d'un objet de la nature (à l'exception des images saisies dans ses Carnets, par exemple le vert des oliviers de Calaceite), et donc de moins en moins de recours à ce que l'on appelait les « valeurs » dans les écoles d'art, qui étaient surtout des préjugés de dessinateurs en vue de « modeler », c'est-à-dire nuancer la couleur. Raphaëlle Pia traduit avec une parfaite exactitude l'univers humide des sables, des eaux et des ciels de la Baie de Somme, mais sans rien décrire de précis. Elle sait bien que nous ne percevons que les couleurs de surface qui adhèrent aux choses, et que les autres modalités de la couleur nous échappent : celles-là mêmes qu'elle entend capter. Ces modalités, déclinées en Glanzen, Glüben et Leuchten dans la langue allemande, mots sans équivalents en français, apparaissent comme l'un des principaux enjeux de l'art de Raphaëlle Pia. Sans doute a-t-elle médité certaines des réflexions de Cézanne devenues le bréviaire des peintres qui lui ont succédé (« Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude » ...)

Cependant, grande coloriste, Pia a renoncé à l'usage de l'huile, c'est-à-dire au travail de la matière picturale (« avec l'huile, la peinture n'est plus une surface colorée, mais une matière picturale » se félicitait René Huyghe dans son Vermeer). Non : chez elle la couleur doit demeurer une réalité liquide, ou encore une lumière qui contrastera avec les zones sombres de ses compositions, en particulier celles inspirées de sculptures et fresques romanes. Les Vénitiens avaient découvert que la lumière n'est pas incolore : chez eux elle était dorée. Chez Raphaëlle Pia, la lumière peut être mouillée en baie de Somme comme terriblement sèche dans la Sierra de Teruel. Comme Delacroix - un maître de l'aquarelle - elle sait que l'ombre est violette et le reflet vert : « Rien n'existe sans ces trois couleurs : violet, vert, orangé ». La couleur chez Raphaëlle Pia pourrait finalement être dite une humanisation progressive du sensible, jusqu'à parvenir une harmonie qui accomplit l'unité dans la diversité. Pour la plus grande délectation du spectateur.

Jean Luc Chalumeau 12 09 2012, La Lettre Hebdomadaire, Verso n° 64

 

 

DÉTOUR, 2011, acrylique sur toile, 146 x 114 cm
L' ENFER, bestiaire bas, version 1, détail
EFFILOCHAGES 26, acrylique sur toile, 38 x 55 cm
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